Rencontre avec les sélénites

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Ἃ δὲ ἐν τῷ μεταξὺ διατρίβων ἐν τῇ σελήνῃ κατενόησα καινὰ καὶ παράδοξα, ταῦτα βούλομαι εἰπεῖν… *

Nous vous l’avions promis : aujourd’hui, nous partons à la rencontre des sélénites avec Lucien de Samosate. Rien de tel qu’un voyage sur la Lune lorsque l’on a trop voyagé autour de sa chambre… Grenouilles volantes, accouchement par le mollet, hommes-arbres ou dendrites, vêtements en verre moelleux, pieds mono-doigts : le réalisme ethnographique de Lucien mêlé à son imagination sans frein accouche d’un véritable ovni littéraire….

« Il faut cependant que je vous raconte les choses nouvelles et extraordinaires que j’ai observées, durant mon séjour dans la Lune. Et d’abord ce ne sont point des femmes, mais des mâles qui y perpétuent l’espèce : les mariages n’ont donc lieu qu’entre mâles, et le nom de femme y est totalement inconnu. On y est épousé jusqu’à vingt-cinq ans, et à cet âge on épouse à son tour. Ce n’est point dans le ventre qu’ils portent leurs enfants , mais dans le mollet.

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Peut-on manger la chair ?…

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πῶς ἡ ὄψις ὑπέμεινε τὸν φόνον σφαζομένων δερομένων διαμελιζομένων, πῶς ἡ ὄσφρησις ἤνεγκε τὴν ἀποφοράν… *

Faut-il manger les animaux, s’interroge l’américain Jonathan Safran Foer ? Plutarque lui répond, à quelques siècles de distance : non, et renchérit même : comment l’homme peut-il manger la chair, et le doit-il ?… Relisons l’incipit du Περί σαρκοφαγίας, en latin De esu carnium (« Sur la consommation de la chair », traité de jeunesse très mutilé extrait des Moralia), qui rejoint par ses interrogations plus morales que religieuses les questions qui se posent à nouveau à notre époque. Ces premières lignes se penchent sur le dégoût naturel que devrait provoquer le meurtre d’un animal et sa consommation : l’homme s’est-il donc éloigné de sa nature originelle, est-il donc devenu décadent, pour prendre plaisir à ce qui devrait lui faire horreur ?…

« Tu me demande pour quelle raison Pythagore s’abstenait de manger de la chair, mais au contraire je m’émerveille moi, quelle affection, quel courage, ou quelle raison eut donc l’homme qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui osa toucher de ses lèvres la chair d’une bête morte, et comment il fit servir à sa table des corps morts (…) et faire viande et nourriture des membres qui peu devant bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient.

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Le Centaure de Lefkandi

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Semivir et flavi corpore mixtus equi… (Ovide, Fastes V) *

Cette statuette, une terre cuite d’environ 30 cm, est la première représentation d’un Centaure dans l’art plastique grec. Retrouvée dans la nécropole de Lefkandi (Eubée), elle daterait d’environ 925-900 av. J.C.

Elle s’inscrit donc dans une époque de transition de la sculpture grecque : la période mycénienne vient de s’achever, la période géométrique s’ouvre. Très en avance sur son temps, elle évoque un personnage mythologique bien connu : le Centaure.

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« Le désir et la poursuite de cette unité s’appellent amour »

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 Ἡ γὰρ πάλαι ἡμῶν φύσις οὐχ αὑτὴ ἦν ἥπερ νῦν, ἀλλ᾽ ἀλλοία. 

Avec le mythe de l’androgyne, c’est au tour d’Aristophane, le poète comique athénien, d’exposer sa conception de l’amour aux autres convives du fameux banquet mis en scène par Platon. Aristophane a alors recours à un mythe de son invention, promis à la plus grande prospérité, et ce dès la redécouverte du Banquet à la Renaissance. Au-delà de sa dimension comique, qui n’est pas entièrement à négliger, ce mythe platonicien replace l’amour des hommes dans son nécessaire rapport à l’amour des dieux. Sans respect du sacré et sans humilité, l’homme est voué à ne jamais retrouver son unité originelle perdue… Une invitation, très grecque, à lutter contre la tentation de l’hybris, cet orgueil qui dresse l’homme contre Dieu, et à dépasser l’Eros, l’amour physique égocentrique, pour rechercher l’agapè, l’amour altruiste.

« D’abord, il y avait trois sortes d’hommes, les deux sexes qui subsistent encore, et un troisième composé des deux premiers et qui les renfermait tous deux : il s’appelait androgyne ; il a été détruit, et la seule chose qui en reste, est le nom qui est en opprobre. Puis tous les hommes généralement étaient d’une figure ronde, avaient des épaules et des côtes attachées ensemble, quatre bras, quatre jambes, deux visages opposés l’un à l’autre et parfaitement semblables, sortant d’un seul cou et tenant à une seule tête, quatre oreilles, un double appareil des organes de la génération, et tout le reste dans la même proportion. (…)

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Les « femmes-vignes » de Lucien de Samosate

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       εὓρομεν ἀμπέλωνν χρῆμα τεράστιον…*

Roman, parodie, première oeuvre de science-fiction?… L’Histoire véritable de Lucien de Samosate, riche en créatures fantastiques, est unique en son genre, et s’ouvre sur l’une des adresses au lecteur les plus mémorables de la littérature grecque antique :

« Moi-même, cependant, entraîné par le désir de laisser un nom à la postérité, et ne voulant pas être le seul qui n’usât pas de la liberté de feindre, j’ai résolu, n’ayant rien de vrai à raconter, vu qu’il ne m’est arrivé aucune aventure digne d’intérêt, de me rabattre sur un mensonge beaucoup plus raisonnable que ceux des autres. Car n’y aurait-il dans mon livre, pour toute vérité, que l’aveu de mon mensonge, il me semble que j’échapperais au reproche adressé par moi aux autres narrateurs, en convenant que je ne dis pas un seul mot de vrai. Je vais donc raconter des faits que je n’ai pas vus, des aventures qui ne me sont pas arrivées et que je ne tiens de personne ; j’y ajoute des choses qui n’existent nullement, et qui ne peuvent pas être : il faut donc que les lecteurs n’en croient absolument rien ».

La plus belle définition de la fiction?…

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Un antidote universel ?…

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Pour guérir de nombreux maux et poisons, quoi de mieux qu’un antidote composé de très nombreux remèdes? Voici le plus célèbre antidote de toute l’Antiquité : la thériaque.

Le nom « thériaque » signifie en grec « relatif aux bêtes sauvages » (ὁ θήρ), et de fait… l’un des trois ingrédients de base de la thériaque, outre le miel et l’opium, est la chair de vipère!

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