« Sous les ondes, des bois » : un déluge jupitérien

Omnia pontus erat…*

Révulsé par l’atroce festin que lui a servi Lycaon roi d’Arcadie, Zeus en conçoit un dégoût et une colère sans frein pour les hommes, et décide de les châtier : « On dirait que, par d’affreux serments, tous les hommes se sont voués au crime. Il faut donc, et tel est mon arrêt irrévocable, qu’ils reçoivent tous le châtiment qu’ils ont mérité.  » Mais c’est un mal pour un bien : il promet aux dieux , déçus de se voir bientôt privés de sacrifices et inquiets du devenir de la Terre livrée aux bêtes sauvages, une race d’hommes meilleure que la première…. Ce renouveau moral n’adviendra cependant qu’après un déluge, que Jupiter préfère au châtiment par le feu. Et Ovide de nous dépeindre magnifiquement cette punition aquatique, présente dans de nombreuses traditions…

« Déjà tous ses foudres allumés allaient frapper la terre ; mais il craint que l’éther même ne s’embrase par tant de feux, et que l’axe du monde n’en soit consumé. Il se souvient que les destins ont fixé, dans l’avenir, un temps où la mer, et la terre, et les cieux seront dévorés par les flammes, et où la masse magnifique de l’univers sera détruite par elles : il dépose ses foudres forgés par les Cyclopes ; il choisit un supplice différent. Le genre humain périra sous les eaux, qui, de toutes les parties du ciel, tomberont en torrents sur la terre.

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Ce que vivent les roses…

Quam longa una dies, aetas tam longa rosarum

Le poncif poétique de la rose éphémère, symbole d’une fragile jeunesse et de l’amour, n’est pas né d’hier : Ausone (Decimus Magnus Ausonius), homme de lettres et homme politique du Bas-Empire (IVème siècle), qui vécut près de Bordeaux et fut considéré comme l’un des premiers poètes de langue latine en France, y consacre dans son recueil des Idylles un texte à mi-chemin entre poésie et anecdote, qui renouvelle ce qui était d’ores et déjà un cliché. Car d’Homère à Stace, les poètes n’ont jamais renoncé à évoquer la rose et sa beauté, déjà glorifiées par Sappho : « Si Jupiter voulait donner une reine aux fleurs, la rose serait la reine de toutes les fleurs. Elle est l’ornement de la terre, la plus belle des plantes, l’œil des fleurs, l’émail des prairies, une beauté toujours suave et éclatante ; elle exhale l’amour, attire et fixe Vénus (…) ». Cette ode inspira directement Ronsard…

« C’était au printemps : la douce haleine du matin et sa piquante fraîcheur annonçaient le retour doré du jour. La brise froide encore, qui précédait les coursiers de l’Aurore, invitait à devancer les feux du soleil. J’errais par les sentiers et les carrés arrosés d’un jardin, dans l’espoir de me ranimer aux émanations du matin. Je vis la bruine peser suspendue sur les herbes couchées, ou retenue sur la tige des légumes ; et, sur les larges feuilles du chou, se jouer les gouttes rondes et lourdes encore de cette eau céleste. Je vis les riants rosiers que cultive Paestum (1) briller humides au nouveau lever de Lucifer (2).

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