Divines abeilles

Fervet opus redolentque thymo fragrantia mella…*

Les abeilles affairées, organisées, disciplinées, toujours prêtes au sacrifice pour la survie de la ruche, sont à l’origine d’une métaphore politique qui remonte à Homère. Virgile s’en empare dans ses admirables Géorgiques. « Glorieuses de produire leur miel », les abeilles incarnent les vertus romaines idéales, et la ruche préfigure une cité utopique fondée sur l’unité indivisible du corps social et sur un rapport fait d’équilibre et de frugalité à la nature. En des temps troublés, la régularité de ce microcosme évoque une paix des plus douces…

« Maintenant allons ! Je vais exposer les instincts merveilleux dont Jupiter lui-même a doté les abeilles, en récompense d’avoir, attirées par les bruyants accords et les retentissantes cymbales des Curètes, nourri le roi du ciel dans l’antre de Dicté (1).

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Au temps de Saturne. Pause bucolique d’été

Temple de Ségeste
Felix qui potuit rerum cognoscere causas! *

Suivons Virgile et oublions, le temps d’un été, bercés par le chant des grillons, les fracas de l’ambition dans cette fiction géorgique…

« Heureux celui qui peut connaître les causes premières des choses !

Heureux celui qui a mis sous ses pieds les vaines terreurs des mortels, l’inexorable Destin et le bruit de l’avare Achéron ! Heureux aussi celui qui connaît les dieux champêtres, Pan, le vieux Sylvain et le chœur fraternel des Nymphes ! Rien ne l’émeut, ni les faisceaux que donne la faveur populaire, ni la pourpre des rois, ni la Discorde armant entre eux les frères perfides, ni les Daces conjurés se précipitant des bords de l’Ister, ni les intérêts de Rome, ni les empires qui penchent vers leur ruine : il n’a point à s’apitoyer sur celui qui n’a rien ; il n’a point à envier celui qui possède. Content des biens que ses champs lui prodiguent d’eux-mêmes, il cueille les fruits de ses arbres, et passe, sans connaître ni le joug de fer des lois, ni le forum et ses cris insensés, ni l’immense dépôt des actes publics.

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