Vanité des vanités…

παρεσκευασμένος λαμπρὸν ἱμάτιον καὶ ἐστεφανωμένος ….*

Les moralistes, loin d’être tous de vieilles barbes ronchonnantes, sont souvent de fins humoristes. C’est le cas de Théophraste, dont les célèbres Caractères, qui ont inspiré La Bruyère, recèlent des finesses remarquables d’observation ironique. On est stupéfait d’y retrouver aussi précisément notre propre temps… Parmi les 30 caractères, Brèves antiques a choisi de brocarder le vaniteux. Toute ressemblance….

« Le vaniteux.

La vanité est, semble-t-il, un désir mesquin de distinction. Et voici quelle sorte d’homme est le vaniteux.

Invité à un repas, il s’efforce d’y avoir la première place auprès de son hôte. Il emmène son fils à Delphes pour lui faire couper les cheveux (1). Il se fait accompagner dans ses sorties d’un esclave nègre. Quand il rembourse une mine d’argent, il effectue le paiement entier en monnaie neuve. Il a chez lui un geai apprivoisé, auquel il a acheté une petite échelle et fabriqué un petit bouclier d’airain, pour que l’oiseau sautille, ainsi équipé, sur son échelle.

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Peut-on manger la chair ?…

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πῶς ἡ ὄψις ὑπέμεινε τὸν φόνον σφαζομένων δερομένων διαμελιζομένων, πῶς ἡ ὄσφρησις ἤνεγκε τὴν ἀποφοράν… *

Faut-il manger les animaux, s’interroge l’américain Jonathan Safran Foer ? Plutarque lui répond, à quelques siècles de distance : non, et renchérit même : comment l’homme peut-il manger la chair, et le doit-il ?… Relisons l’incipit du Περί σαρκοφαγίας, en latin De esu carnium (« Sur la consommation de la chair », traité de jeunesse très mutilé extrait des Moralia), qui rejoint par ses interrogations plus morales que religieuses les questions qui se posent à nouveau à notre époque. Ces premières lignes se penchent sur le dégoût naturel que devrait provoquer le meurtre d’un animal et sa consommation : l’homme s’est-il donc éloigné de sa nature originelle, est-il donc devenu décadent, pour prendre plaisir à ce qui devrait lui faire horreur ?…

« Tu me demande pour quelle raison Pythagore s’abstenait de manger de la chair, mais au contraire je m’émerveille moi, quelle affection, quel courage, ou quelle raison eut donc l’homme qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui osa toucher de ses lèvres la chair d’une bête morte, et comment il fit servir à sa table des corps morts (…) et faire viande et nourriture des membres qui peu devant bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient.

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De amicitia

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Qua quidem haud scio an excepta sapientia nihil melius homini sit a dis immortalibus datum…*

D’après Cicéron, l’amitié est ce qu’il y a de plus beau et de plus certain dans la vie des hommes, juste après la sagesse. Difficile de contester ce classement.

(Re)découvrez ce très beau texte, composé en 44 av. J.-C. à la demande de son ami Atticus, dans lequel Cicéron décrit une amitié désintéressée, celle des boni – les « gens de bien »-, qui sans être eux-mêmes des sages peuvent partager les valeurs essentielles avec ceux qu’ils ont choisis sur le chemin de leur existence, vivants ou morts ; car la véritable amicitia transcende les générations. L’amitié est ici un choix moral, qui contribue aussi à fonder l’harmonie et la paix sociale. 

« En définitive, nous en déciderons avec, comme on dit, notre bonne grosse jugeote. Toutes les personnes qui, dans leur conduite, dans leur vie, ont fait preuve de loyauté, d’intégrité, d’équité, de générosité, qui n’ont en elles ni cupidité, ni passions, ni inconstance, et sont douées d’une grande force d’âme, comme l’ont été les hommes que je nommais il y a un instant, toutes peuvent, je pense, être rangées parmi les gens de bien: ce qui les caractérise, puisqu’ils suivent, autant qu’un être humain le peut, la nature qui est le meilleur des guides pour vivre de la bonne façon.

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