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       εὓρομεν ἀμπέλωνν χρῆμα τεράστιον…*

Roman, parodie, première oeuvre de science-fiction?… L’Histoire véritable de Lucien de Samosate, riche en créatures fantastiques, est unique en son genre, et s’ouvre sur l’une des adresses au lecteur les plus mémorables de la littérature grecque antique :

« Moi-même, cependant, entraîné par le désir de laisser un nom à la postérité, et ne voulant pas être le seul qui n’usât pas de la liberté de feindre, j’ai résolu, n’ayant rien de vrai à raconter, vu qu’il ne m’est arrivé aucune aventure digne d’intérêt, de me rabattre sur un mensonge beaucoup plus raisonnable que ceux des autres. Car n’y aurait-il dans mon livre, pour toute vérité, que l’aveu de mon mensonge, il me semble que j’échapperais au reproche adressé par moi aux autres narrateurs, en convenant que je ne dis pas un seul mot de vrai. Je vais donc raconter des faits que je n’ai pas vus, des aventures qui ne me sont pas arrivées et que je ne tiens de personne ; j’y ajoute des choses qui n’existent nullement, et qui ne peuvent pas être : il faut donc que les lecteurs n’en croient absolument rien ».

La plus belle définition de la fiction?…

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« Après avoir traversé le fleuve à un endroit guéable, nous trouvons une espèce de vigne tout à fait merveilleuse : le tronc, dans sa partie voisine de la terre, était épais et élancé ; de sa partie supérieure sortaient des femmes, dont le corps, à partir de la ceinture, était d’une beauté parfaite, telles que l’on nous représente Daphné, changée en laurier, au moment où Apollon va l’atteindre. A l’extrémité de leurs doigts poussaient des branches chargées de grappes ; leurs têtes, au lieu de cheveux, étaient couvertes de boucles, qui formaient les pampres et les raisins. Nous nous approchons ; elles nous saluent, nous tendent la main, nous adressent la parole, les unes en langue lydienne, les autres en indien, presque toutes en grec, et nous donnent des baisers sur la bouche ; mais ceux qui les reçoivent deviennent aussitôt ivres et insensés. Cependant elles ne nous permirent pas de cueillir de leurs fruits, et, si quelqu’un en arrachait, elles jetaient des cris de douleur. Quelques-unes nous invitaient à une étreinte amoureuse ; mais deux de nos compagnons s’étant laissé prendre par elles ne purent s’en débarrasser ; ils demeurèrent pris par les parties sexuelles, entés avec ces femmes, et poussant avec elles des racines : en un instant, leurs doigts se changèrent en rameaux, en vrilles, et l’on eût dit qu’ils allaient aussi produire des raisins ».

**********

Traduction d’Eugène Talbot (1857)

Illustrations d’Aubrey Beardsley, William Strang et J.B. Clark empruntées à la traduction de Francis Hickes, Lucian’s True History, Londres, 1894

Lucien de Samosate était originaire de Commagène, Anatolie, 2ème s.

* Traduction de la légende : « Nous trouvons une espèce de vigne tout à fait merveilleuse… »

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