L’éducation, « de l’enfance à la valeur humaine »

δεῖ δὴ τὴν παιδείαν μηδαμοῦ ἀτιμάζειν…*

Sur le chemin de Cnossos qui mène au temple de Jupiter. Trois interlocuteurs débattent de la meilleure constitution possible pour la Cité, et se trouvent nécessairement conduits à l’examen de la question de la paideia : l’éducation. Dans le dernier de ses dialogues, Les Lois, Platon, peut-être derrière le personnage de l’étranger d’Athènes, envisage la question éducative comme le fondement de la cité vertueuse ; à ce titre, elle est d’ailleurs présente dès le livre I. A Sparte, on n’éduque que le corps des futurs guerriers ; l’étranger d’Athènes va s’efforcer de démontrer que la véritable éducation est bien autre chose, et qu’elle doit mener l’homme vers sa plus haute valeur….

« [L’étranger d’Athènes] Je vais dire quelle nature il faut reconnaître à l’éducation ; examinez si mon propos vous agréé (…). Je prétends que quel que soit le domaine où l’homme doive un jour exceller, il faut qu’il s’y exerce dès sa prime enfance, qu’il trouve amusement et intérêt à tout ce qui s’y rapporte.

Lire la Suite

Psychomachie

Iugulum transfigit gladio…*

La fin de l’Empire romain a vu fleurir une littérature chrétienne aujourd’hui peu connue, mais qui a nourri l’art de tout le Moyen Âge. Ainsi de la Psychomachie de Prudence, ou « Combat dans l’âme » : il s’agit du combat entre les vices et les vertus, qui se livrent bataille dans l’âme du chrétien. Patience et Colère, Vanité et Humilité, Sensualité et Sobriété s’affrontent ainsi en combats singuliers successifs ; que l’on se rassure : les vertus triomphent, et le Temple de l’âme finit ainsi par être consacré ! Prudence s’inspire fortement de l’Enéide: nouvelle épopée allégorique chrétienne, qui exprime « l’idéal moral et spirituel de l’ascétisme monastique qui se développe alors en Occident » (Maurice Lavarenne), la Psychomachie est un mélange unique et surprenant…. Retrouvons maintenant Chasteté et Luxure, prêtes à entrer en lice….

Le combat de Chasteté contre Luxure

Et c’est ensuite la vierge Chasteté qui dans la plaine herbeuse se présente prête à combattre ; elle resplendit dans son armure magnifique. La Luxure, fille de Sodome, munie de torches de son pays, l’attaque et lui lance au visage un tison de pin enduit de poix et de soufre brûlant ; elle cherche à atteindre avec les flammes les chaste yeux de son ennemi, et tente de répandre sur eux une fumée infecte. Mais, sans se laisser effrayer, la vierge frappe à coups de pierres le bras de la furie ardente et les traits de feu de la sinistre fille. Elle fait tomber de ses mains les torches et les écarte ainsi de son visage sacré. Maintenant la courtisane est désarmée.

Lire la Suite

Aphrodite « compagnon de combat »

σὺ δ’ αὔτα
σύμμαχος ἔσσο…*

« Merveille du lyrisme grec », dont nous ne possédons plus que quelques fragments d’une oeuvre originellement de 9 volumes, Saphô de Lesbos incarne à elle seule la figure de la poétesse inspirée. Son ode à Aphrodite, en strophes dites sapphiques, seule oeuvre qui nous soit parvenue complète, est une invocation à la déesse de l’amour, non sur le ton de l’élégie, mais sur un ton guerrier : l’aimée aimera en retour, « qu’elle le veuille ou non » ! Aphrodite est le « compagnon d’armes » (traduction exacte du grec summachos) de Saphô dans ce qui s’apparente à une lutte pour l’amour…

A Aphrodite
 
 Aphrodite, fille de Dieu,
 Ô tisseuse immortelle au trône étincelant,
 Ne laisse pas mon cœur, écoutes-en mon vœu,
 Ô Reine, s'affliger sur les dégoûts pesants.  
Lire la Suite

« Sa vie s’enfuit chez les ombres » : la mort de Camille

Vitaque cum gemitu fugit indignata sub umbras*

Camille, fille du roi des Volsques Metabus, est une guerrière si adroite et si rapide qu’elle « court sur les épis de blé sans qu’ils courbent la tête ». Elle s’allie avec Turnus, roi des Rutules, contre Énée qui tente de s’installer dans le Latium suite à son départ de Troie. Alors que le combat est bien engagé, Camille est soudain distraite par les armes ornées d’or du prêtre Chlorée. Arruns profite de cette faiblesse passagère pour lancer son javelot sur la jeune femme…. La mort de Camille, proche par bien des traits d’autres morts féminines glorieuses comme celle de Penthésilée, est l’un des passages les plus émouvants de l’épopée virgilienne.

« Alors justement, Chlorée, depuis longtemps prêtre de Cybèle,

attirait de loin les regards par l’éclat de ses armes phrygiennes.

Il montait un cheval écumant, couvert, comme d’un plumage,

d’une peau ornée de mailles de bronze cousues de fil d’or.

Lire la Suite