παιδικὰ δὲ αὐτοῦ ἐγεγόνει, καὶ ἐν τῇ Αἰγύπτῳ ἐτελεύτησεν…*

La gloire posthume d’Antinoüs est inversement proportionnelle aux sources qui nous transmettent sa vie. L’amant de l’empereur Hadrien, d’une beauté mythique, sacrifia peut-être sa vie pour celle de son éraste, et fut après sa mort accidentelle dans le Nil, divinisé, à l’origine d’un culte et d’une ville égyptienne, Antinoopolis. Le halo de gloire quelque peu sulfureux qui entoure cette passion impériale n’est pourtant décrit que par quatre auteurs anciens, en des textes brefs mais qui ont permis toutes les rêveries…. Brèves antiques vous en offre aujourd’hui la concaténation.

« Pour lui, selon les habitudes des hommes heureux et opulents, (Hadrien) fit construire des palais, mit tous ses soins à ordonner des festins, à se procurer des statues et des tableaux : on le vit enfin rechercher, avec une scrupuleuse sollicitude, tous les raffinements du luxe et de la volupté. Dès lors mille bruits coururent à sa honte : on l’accusa d’avoir flétri l’honneur de jeunes garçons, d’avoir brûlé pour Antinoüs d’une passion contre nature

: c’était là, disait-on, le seul motif pour lequel il avait donné le nom de cet adolescent à une ville qu’il avait fondée ; c’était pour cette raison qu’il avait élevé des statues à ce favori. D’autres, il est vrai, ne veulent voir là que le sentiment saint et religieux de la reconnaissance : Hadrien, disent-ils, désirant une longue vie, consulta les devins, qui lui assurèrent que son vœu s’accomplirait, si quelqu’un consentait à mourir pour lui chacun refusait ; Antinoüs seul se dévoua généreusement ; de là, tous les hommages rendus à sa mémoire, et dont nous avons parlé plus haut. Nous laisserons la question indécise, bien que la liaison d’un prince si relâché dans ses mœurs avec un homme d’un âge si disproportionné nous paraisse fort équivoque ». 

Aurelius Victor, Livre des Césars, XIV

« En Egypte, il éleva une ville qui tire son nom d’Antinoüs. Antinoüs était de la ville de Bithynium, en Bithynie, ville que nous appelons Claudiopolis ; il avait été son mignon et était mort en Egypte, soit pour être tombé dans le Nil, comme l’écrit Hadrien, soit pour avoir été immolé en sacrifice, comme c’est la vérité ; car Hadrien, ainsi que je l’ai dit, était très curieux, et il recourait à la divination et à des pratiques magiques de toute sorte. Aussi, soit en souvenir de son amour, soit en récompense de sa mort volontaire (il avait en effet besoin, pour ses pratiques, de quelqu’un qui consentît à donner sa vie), honora-t-il Antinoüs, au point d’établir une colonie dans l’endroit où était arrivé ce malheur et de lui donner le nom de son ami. Il dédia aussi, par tout l’univers, des bustes ou plutôt des statues sacrées d’Antinoüs. Enfin, Hadrien prétendit voir lui-même une étoile qui était celle d’Antinoüs, et il écoutait avec plaisir ses courtisans, qui lui disaient mensongèrement que cette étoile était née de l’âme d’Antinoüs, et qu’elle s’était montrée pour la première fois dans ce temps-là. Toutes ces extravagances l’exposaient aux railleries et aussi ce fait que, sa sœur Pauline étant morte, il ne lui accorda sur le moment aucun honneur <…> ».

Dion Cassius, Histoire romaine, 69, 11

« Tandis qu’il naviguait sur le Nil, il perdit son Antinoüs, qu’il pleura avec toute la faiblesse d’une femme. On expliquait de diverses manières la conduite d’Hadrien : les uns assuraient qu’Antinoüs s’était dévoué pour prolonger ses jours; les autres trouvaient dans la beauté de ce jeune homme, et dans l’infâme passion d’Hadrien, l’unique cause de cette excessive douleur. Les Grecs, du consentement d’Hadrien, consacrèrent Antinoüs, et prétendirent même qu’il rendait des oracles ; or on assure que ces oracles étaient de la composition d’Hadrien ».

Aelius Spartanus, Vie d’Adrien, XIV, in Histoire Auguste

« Ils (les Mantinéens) ont encore adopté le culte d’Antinoüs, et l’empereur Hadrien a orné avec beaucoup de soin ce temple, qui est le plus moderne de ceux qu’on voit à Mantinée. Je n’ai point vu Antinoüs pendant sa vie ; mais j’ai vu des statues et des portraits qui le représentent. On lui rend un culte en divers endroits, et il y a en Égypte, sur les bords du Nil, une ville qui porte le nom d’Antinoüs. Il était natif de Bithynie, ville sur les bords du fleuve Sangaris, qui a été fondée originairement par des Arcadiens de Mantinée ; et c’est pour cela que l’empereur a voulu qu’on lui rendît les honneurs divins dans cette dernière ville. On célèbre tous les ans des mystères en son honneur, et des jeux tous les cinq ans. Il y a dans le gymnase de Mantinée un petit temple où sont plusieurs statues d’Antinoüs ; ce temple mérite d’ailleurs d’être vu, soit à cause des marbres dont il est orné, soit à cause des peintures, qui représentent pour la plupart Antinoüs sous la forme de Bacchus ».

Pausanias, Livre VIII, Arcadie, XI

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Textes : site remacle.org

Image : buste d’Antinoüs en Dionysos, conservé au Pio Clementino Museum (ORIG330). CCO

*Traduction de la légende : « il avait été son mignon et était mort en Egypte »…

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