La fatale beauté d’Hélène

Τέρας γὰρ ὁ βίος καὶ τὰ πράγματ’ ἐστί μου,
τὰ μὲν δι’ Ἥραν, τὰ δὲ τὸ κάλλος αἴτιον…*

Peut-on prendre la défense d’Hélène, épouse de Ménélas, qui fut la cause de la guerre de Troie ? Elle, à l’origine de tant de maux, de tant de morts, et que la plupart des poètes et écrivains n’ont pas épargnée. Et pourtant, Euripide lui laisse la parole dans sa tragédie éponyme. Écoutons donc l’histoire méconnue de la plus belle des femmes, qui loin de la vanité qu’on lui prête souvent, se désespère de sa beauté et de la malédiction qui la poursuit…

« A quel destin suis-je enchaînée, ô mes amies! Ma naissance déjà fut un prodige : car qui donc avait jamais vu Grecque, ou bien Barbare, mettre au jour ses enfants dans une coque blanche, comme Léda qui m’a, dit-on, conçue de Zeus ?… (1) Et ma vie, ma vie même est un prodige encore. Héra en fut la cause, et ma triste beauté.

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« Il est temps, Hécate…. »

…et triste laeua comparans sacrum manu
pestes uocat quascumque feruentis creat harena Libyae…*

Tremblez devant Médée la magicienne, invocatrice des forces infernales, emplie d’une « furor » qui noie sous des flots de haine et de rage la raison et la décence commune.

Après avoir aidé Jason, dont elle est tombée éperdument amoureuse, à s’emparer de la Toison d’or, Médée a fui avec son héros et les Argonautes à Corinthe, chez le roi Créon. Mais Jason l’abandonne, il va épouser Créuse, la fille de Créon. C’est bien mal connaître Médée, qui a quitté sa patrie, trompé son père et dépecé son jeune frère Absyrtos de ses propres mains pour favoriser la réussite de son amant, de croire qu’elle va accepter cette trahison sans « tout briser »…

Dans l’acte IV de l’extraordinaire Médée de Sénèque, la magicienne « déploie toute (la) puissance et toutes (les) ressources » de sa magie et en appelle à Hécate sous les yeux horrifiés de sa nourrice….

La nourrice

– Mon âme est saisie d’horreur et d’effroi ; un malheur affreux se prépare. Le courroux de Médée s’augmente et s’enflamme d’une manière effrayante, et ses fureurs passées renaissent. Je l’ai vue souvent, dans ses transports, attaquer les dieux, et forcer le ciel même à lui obéir ; mais ce qu’elle médite en ce moment doit être plus terrible encore et plus étrange : car à peine s’est-elle échappée d’ici, d’un pas furieux, pour se renfermer dans son funeste sanctuaire, qu’elle a déployé toute sa puissance, et mis en œuvre des secrets qu’elle-même avait toujours redoutés, et tout ce qu’elle connaît de maléfices cachés, mystérieux, inconnus.

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