« Sous les ondes, des bois » : un déluge jupitérien

Omnia pontus erat…*

Révulsé par l’atroce festin que lui a servi Lycaon roi d’Arcadie, Zeus en conçoit un dégoût et une colère sans frein pour les hommes, et décide de les châtier : « On dirait que, par d’affreux serments, tous les hommes se sont voués au crime. Il faut donc, et tel est mon arrêt irrévocable, qu’ils reçoivent tous le châtiment qu’ils ont mérité.  » Mais c’est un mal pour un bien : il promet aux dieux , déçus de se voir bientôt privés de sacrifices et inquiets du devenir de la Terre livrée aux bêtes sauvages, une race d’hommes meilleure que la première…. Ce renouveau moral n’adviendra cependant qu’après un déluge, que Jupiter préfère au châtiment par le feu. Et Ovide de nous dépeindre magnifiquement cette punition aquatique, présente dans de nombreuses traditions…

« Déjà tous ses foudres allumés allaient frapper la terre ; mais il craint que l’éther même ne s’embrase par tant de feux, et que l’axe du monde n’en soit consumé. Il se souvient que les destins ont fixé, dans l’avenir, un temps où la mer, et la terre, et les cieux seront dévorés par les flammes, et où la masse magnifique de l’univers sera détruite par elles : il dépose ses foudres forgés par les Cyclopes ; il choisit un supplice différent. Le genre humain périra sous les eaux, qui, de toutes les parties du ciel, tomberont en torrents sur la terre.

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« Énorme Python, ô serpent inconnu… »

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Illa quidem nollet, sed te quoque, maxime Python,
Tum genuit, populisque nouis, incognita serpens,
Terror eras…. *

Où l’on apprend qu’aux origines, la Terre enfantait d’elle-même animaux et créatures monstrueuses autochtones ; où l’on découvre les origines de Python, première victime du carquois du jeune Apollon ; où l’on observe enfin une approche de la génération fondée sur une union du feu et de l’eau qui aurait toute sa place dans la Psychanalyse du feu de Gaston Bachelard. Suivons Ovide, « inspiré par son génie », sur les pentes d’une montage émergée des eaux du Déluge….

« Spontanément la terre engendra d’autres animaux de formes diverses,

lorsque l’humidité ancienne se fut évaporée sous le feu du soleil,

lorsque sous l’effet de la chaleur la fange et les marais humides

se gonflèrent et lorsque les semences fécondes des choses,

nourries dans le sol vivifiant, comme dans le sein d’une mère,

eurent grandi et pris avec le temps un certain aspect.

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