« Vaincus par le mal » : une épidémie à Athènes

οὐ μέντοι τοσοῦτός γε λοιμὸς οὐδὲ φθορὰ οὕτως ἀνθρώπων οὐδαμοῦ ἐμνημονεύετο γενέσθαι…*

Loimos (« peste »), nosos (« maladie »), kakos (« mal ») : Thucydide, qui en fut lui-même atteint, a recours à tout le lexique médical à sa disposition pour nommer l’épidémie qui frappa durement Athènes à l’été 430. Pour autant, il ne s’agit pas de la peste au sens moderne du terme : pestis ou pestilentia en latin comme loimos en grec désignent toute forme d’infection de nature épidémique. D’une grande précision clinique – rappelons que le siècle de Périclès est aussi celui de la médecine hippocratique-, cette description nous plonge dans le tableau vivant d’une épidémie contre laquelle les hommes n’ont aucun recours…

XLVII. (…) Ils [les Péloponnésiens et leurs alliés] n’étaient que depuis quelques jours en Attique, quand la maladie se déclara à Athènes ; elle s’était abattue, dit-on, auparavant en plusieurs endroits, notamment à Lemnos ; mais nulle part on ne se rappelait pareil fléau et des victimes si nombreuses. Les médecins étaient impuissants, car ils ignoraient au début la nature de la maladie ; de plus, en contact plus étroit avec les malades, ils étaient plus particulièrement atteints. Toute science humaine était inefficace ; en vain on multipliait les supplications dans les temples ; en vain on avait recours aux oracles ou à de semblables pratiques ; tout était inutile ; finalement on y renonça, vaincu par le mal.

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