Περιήγησις τὴς Ἑλλάδος

Envie de faire un tour dans l’Athènes du 2ème siècle av. J.-C., à défaut de pouvoir sauter dans un avion ? Suivez Pausanias, voyageur-géographe, qui dans sa Périègèse ou Description de la Grèce parcourt la Grèce de l’Attique à la Locride, et découvrez l’Athènes antique comme si vous y étiez. En prime, la description d’œuvres d’art aujourd’hui disparues (tableaux, statues…), des rappels historiques, le récit de mythes et de légendes, la description d’us et coutumes… Bref, le Guide bleu de l’époque. Brèves antiques vous a sélectionné quelques extraits, sur le chemin qui mène du quartier dit Céramique à l’Érechthéion. Bonne promenade !

« Le quartier appelé le Céramique tient son nom du héros Kéramos, qu’on dit aussi fils de Dionysos et d’Ariane. Le portique royal est le premier à droite ; c’est là que siège celui des archontes annuels qui prend le titre de roi. Il y a sur le faîte de ce portique quelques figures en terre cuite, Thésée précipitant Sciron dans la mer, Héméra portant Céphale qu’elle enleva, dit-on, éprise de sa beauté. Elle eut de lui un fils nommé Phaéton qu’elle fit gardien de son temple, ainsi que le racontent plusieurs poètes, entre autres Hésiode dans ses vers sur les femmes célèbres [le Catalogue des femmes ou les Éhées]. (…)

Dans le portique qui est derrière sont peints les douze grands dieux, et sur le mur opposé, Thésée, la Démocratie et le Peuple.

On a voulu exprimer par là que ce fut Thésée qui établit à Athènes un gouvernement fondé sur l’égalité. En effet, l’opinion vulgaire veut que Thésée ait remis le gouvernement au peuple et que la démocratie ait subsisté jusqu’à l’usurpation de Pisistrate. D’autres traditions également fausses ont cours parmi la multitude ; comme elle ne connaît pas l’histoire, chacun prend pour des vérités ce qu’il a entendu dès son enfance dans les chœurs religieux et dans les tragédies ; on dit aussi que Thésée reprit la couronne après la mort de Ménesthée, et que ses descendants régnèrent à Athènes jusqu’à la quatrième génération. (…)

On a peint dans ce même portique la bataille de Mantinée, où les Athéniens étaient comme auxiliaires des Lacédémoniens. Xénophon et d’autres ont écrit toute l’histoire de cette guerre ; la prise de la Cadmée, la défaite des Lacédémoniens à Leuctres, l’invasion des Béotiens dans le Péloponnèse et comment les Athéniens envoyèrent des secours aux Lacédémoniens. Le tableau dont il s’agit représente le combat de la cavalerie ; les personnages les plus connus sont Gryllos, fils de Xénophon, du côté des Athéniens, et parmi les Béotiens Épaminondas de Thèbes. Ces tableaux sont d’Euphranor qui a peint aussi, dans le temple voisin, Apollon surnommé Patroos ; des deux statues d’Apollon placées devant ce temple, l’une est de Léocharès ; celle d’Apollon Alexikakos [qui repousse le mal] est de Calamis. Ce surnom du dieu vient, disent les Athéniens, de ce qu’il leur indiqua, par un oracle rendu à Delphes, les moyens de faire cesser la peste dont ils étaient affligés en même temps que de la guerre du Péloponnèse.

On a bâti dans le même endroit un temple de la mère des dieux ; sa statue a été faite par Phidias ; près de là est le Sénat des Cinq Cents qui se renouvelle chaque année [la Boulè]. On y remarque une statue de Zeus Boulaios [du Conseil] ; un Apollon, ouvrage de Pisias, et une statue du Peuple, de la main de Lyson. Protogène de Canne et Olbiade y ont peint, le premier, les législateurs d’Athènes, et le second, ce Kallippos qui conduisit les Athéniens aux Thermopyles, pour s’opposer à l’irruption des Gaulois dans la Grèce. (…)

Vous arrivez ensuite au temple nommé le Parthénon ; l’histoire de la naissance d’Athéna occupe tout le fronton antérieur, et on voit sur le fronton opposé sa dispute avec Poséidon au sujet de l’Attique. La statue de la déesse est en ivoire et en or, sur le milieu de son casque est un sphinx (je rapporterai dans la description de la Béotie ce qu’on dit du Sphinx), et des Gryphons sont sculptés sur les deux côtés, [qui] ont le corps d’un lion, avec les ailes et le bec d’un aigle.

Athéna est debout, avec une tunique qui lui descend jusqu’aux pieds. Sur sa poitrine est une tête de Méduse en ivoire. Elle tient d’une main une Victoire qui a quatre coudées ou environ de haut, et de l’autre une pique. Son bouclier est posé à ses pieds, et près de la pique est un serpent qui représente peut-être Erichthonios. La naissance de Pandore est sculptée sur le piédestal de la statue. (Hésiode et d’autres poètes disent que Pandore est la première femme qu’il y ait eu, et que le sexe féminin n’existait pas avant elle) (…).

On donne le nom d’Érechthéion à un édifice devant l’entrée duquel est l’autel de Zeus Hypatos (« le très haut ») ; on n’y sacrifie rien qui ait eu vie ; on y offre seulement des gâteaux et on ne se sert point de vin dans ces sacrifices. En entrant dans cet édifice vous trouvez trois autels : le premier est dédié à Poséidon ; on sacrifie aussi sur cet autel à Érechthée, d’après un oracle ; le second est dédié au héros Boutès, et le troisième à Héphaïstos. Les peintures qu’on voit sur les murs sont relatives à la famille des Boutades. Cet édifice est doublé et on y trouve un puits d’eau de mer, ce qui n’est pas très surprenant, car il y en a dans plusieurs endroits au milieu des terres, entre autres à Aphrodisie dans la Carie ; mais ce que celui-ci offre de remarquable, c’est que lorsque le vent du sud souffle, on y entend un bruit pareil à celui des flots. Il y a sur le rocher l’empreinte d’un trident ; cette empreinte et ce puits sont les signes que Poséidon fit paraître pour prouver que le pays lui appartenait.

La ville d’Athènes est en général consacrée à Athéna, ainsi que tout le pays ; car dans les bourgs même où l’on honore plus particulièrement certaines divinités, on n’en rend pas moins un culte solennel à Athéna : mais de toutes les statues de la déesse, la plus vénérée est celle qu’on voit dans la citadelle nommée anciennement Polis (la ville). Déjà même elle était l’objet du culte de tous les peuples de l’Attique avant qu’ils se fussent réunis. L’opinion commune est que cette statue tomba jadis du ciel, je n’examinerai pas si elle est vraie ou non ».

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Texte : Pausanias, Périégèse, livre I, chap. I 3, XXV 5, XXVI 5-6, in Description de la Grèce de Pausanias : traduction nouvelle avec le texte grec collationné sur les manuscrits de la bibliothèque du Roi, Étienne Clavier, Adamantios Coray, Paul-Louis Courier, Paris, J.-M. Eberhart, 1814

Image : Ausschnitt aus der Idealen Ansicht der Akropolis und des Areopags (vorne) in Athen (Détail de la vue idéalisée de l’Acropole et de l’Aréopage à Athènes), Leo von Klenze, 1846, Pinakothek Museum, Munich. CCO

*Légende : « Description de la Grèce »

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